Chenilles processionnaires : ce qu'un propriétaire de pins doit savoir et faire
Classées nuisibles à la santé humaine depuis 2022, elles descendent des pins entre janvier et avril. Sur le Bassin, où le pin maritime est partout, la question n'est pas si vous en aurez, mais quand.
Le pin maritime fait le paysage du Bassin. Il fait aussi, chaque hiver, la population de chenilles la plus problématique du littoral aquitain.
Les nids apparaissent en décembre, blancs et cotonneux, accrochés aux extrémités des branches. Ils sont visibles de loin, ce qui trompe : on croit qu'on les verrait forcément. On ne les voit pas, parce qu'en décembre on n'est pas là.
I. Ce que dit la réglementation
Le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022 a ajouté la chenille processionnaire du pin et celle du chêne à la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine, au titre du code de la santé publique.
Concrètement, ce texte ne crée pas une obligation uniforme sur tout le territoire. Il donne aux préfets la compétence pour définir, par arrêté départemental, les mesures de surveillance, de prévention et de destruction à mettre en œuvre. Ces arrêtés peuvent viser en priorité les abords des établissements sensibles — écoles, crèches, terrains de sport, aires de jeux — et imposer des délais d'intervention.
Le maire dispose par ailleurs de ses pouvoirs de police générale et peut, sur le fondement de la salubrité publique, mettre en demeure un propriétaire de traiter un foyer.
II. Pourquoi c'est un vrai sujet sanitaire
Une chenille processionnaire porte environ six cent mille poils urticants microscopiques, munis d'un harpon et chargés d'une protéine, la thaumétopoéine.
Ces poils se détachent au moindre stress et restent volatils. Ils provoquent des réactions cutanées, des conjonctivites, des irritations respiratoires, et parfois des réactions allergiques sévères. Ils restent actifs plusieurs mois dans l'environnement, y compris dans un nid vide tombé au sol ou dans une brouette de tonte.
Pour les chiens, le risque est plus grave : un animal qui lèche une procession peut subir une nécrose de la langue. C'est une urgence vétérinaire, et c'est un scénario fréquent au printemps sur le Bassin.
Ne détruisez jamais un nid vous-même sans équipement. Un nid arraché à la perche depuis le sol, sans protection, libère un nuage de poils qui retombe sur l'opérateur. C'est l'erreur classique, et elle vaut plusieurs jours de démangeaisons.
III. Le calendrier biologique, qui commande tout
Chaque méthode de lutte a une fenêtre d'efficacité, et elles ne se chevauchent pas.
| Période | Stade | Intervention possible |
|---|---|---|
| Juin à septembre | Vol des papillons, ponte | Pièges à phéromones sur les mâles |
| Septembre à novembre | Jeunes larves, nids peu visibles | Traitement biologique au Bt |
| Décembre à février | Nids constitués, chenilles présentes | Échenillage mécanique par un professionnel |
| Janvier à avril | Procession de nymphose vers le sol | Écopiège en collerette sur le tronc |
| Avril à juin | Chrysalides enfouies dans le sol | Aucune action efficace |
Le Bacillus thuringiensis (Bt kurstaki), traitement biologique, ne fonctionne que sur les jeunes larves, à l'automne. Appliqué en janvier sur des chenilles développées, il ne sert à rien. C'est la déception la plus fréquente : on traite au mauvais moment et on conclut que « ça ne marche pas ».
L'échenillage — la coupe et la destruction des nids — se pratique en hiver, par temps froid, quand les chenilles sont regroupées dans le nid. Il exige un élagueur équipé pour le travail en hauteur, une combinaison intégrale et une incinération immédiate. Ce n'est pas un travail de propriétaire.
L'écopiège, cette collerette installée autour du tronc qui intercepte les chenilles en descente vers le sol, se pose avant le début des processions, donc en décembre ou début janvier. Posé en février, il laisse passer la première vague.
Les pièges à phéromones, posés en juin, capturent les papillons mâles et réduisent la ponte de l'année suivante. C'est une action de fond, à l'échelle d'un quartier plutôt que d'une parcelle isolée.
IV. Ce que cela implique quand on n'est pas là
Reprenez le tableau. Toutes les fenêtres d'intervention, sauf une, tombent entre septembre et avril.
C'est-à-dire précisément la période où une résidence secondaire du Bassin est fermée.
Un propriétaire qui descend à Pâques découvre des nids vides, des chenilles déjà enfouies dans le sol, et un jardin où l'on ne peut pas laisser courir un enfant ni un chien pendant plusieurs semaines. Il n'a rien fait de mal ; il n'était simplement pas là aux quatre moments où quelque chose était possible.
C'est un cas d'école de ce que nous appelons l'entretien saisonnier décalé : des gestes qui doivent être faits hors saison de présence. Il n'y a que deux réponses possibles — un prestataire local mandaté, ou l'acceptation du problème.
V. La question des voisins
Un traitement isolé sur une parcelle entourée de pins non traités a une efficacité limitée : les papillons reviennent chaque été depuis les parcelles voisines et les massifs forestiers.
Sur les quartiers boisés du Cap Ferret, de Pyla ou du Moulleau, la lutte est réellement efficace lorsqu'elle est coordonnée entre riverains. Plusieurs associations syndicales libres du Bassin organisent des campagnes groupées — pose de pièges à phéromones à l'échelle de la rue, échenillage collectif — avec un rapport coût-efficacité sans commune mesure avec une action individuelle.
Si votre quartier n'en organise pas, c'est souvent parce que personne ne l'a proposé.
Questions fréquentes
Un propriétaire est-il obligé de traiter les chenilles processionnaires sur son terrain ?
Le décret de 2022 classe l'espèce parmi les nuisibles à la santé humaine et renvoie aux arrêtés préfectoraux le soin de fixer les mesures applicables. Selon le département et les zones concernées, la surveillance et la destruction des nids peuvent être imposées au propriétaire ou au gestionnaire du terrain, avec des délais et d'éventuelles sanctions. Il faut consulter l'arrêté en vigueur en Gironde et sa mairie.
Quand faut-il poser un écopiège sur un pin ?
Avant le début des processions de nymphose, donc en décembre ou tout début janvier sur le littoral aquitain. Posé plus tard, il laisse descendre la première vague de chenilles. Le piège se retire après la fin des processions, généralement en avril, et son contenu doit être détruit avec précaution.
Le traitement biologique au Bt fonctionne-t-il en hiver ?
Non. Le Bacillus thuringiensis n'agit que sur les jeunes larves, ce qui limite son usage à la période allant de septembre à début novembre. Appliqué sur des chenilles développées en janvier, il est sans effet, ce qui explique la réputation d'inefficacité qu'on lui prête parfois à tort.
Que faire si mon chien a été en contact avec une procession ?
Rincer abondamment à l'eau claire sans frotter, ne pas donner à manger ni à boire, et consulter un vétérinaire en urgence. La nécrose de la langue peut s'installer en quelques heures. Ne pas tenter de retirer les poils à la main.
Peut-on détruire soi-même un nid de chenilles processionnaires ?
C'est fortement déconseillé. Le nid libère des centaines de milliers de poils urticants qui restent volatils et actifs plusieurs mois. La destruction demande une combinaison intégrale, une protection respiratoire et oculaire, et une incinération immédiate. L'intervention se confie à une entreprise équipée.
Mis à jour le 6 juillet 2026