Fermer sa villa pour l'hiver : ce qu'on oublie presque toujours
Vingt-sept gestes, trois heures de travail, et la quasi-totalité des sinistres d'hiver évités. Le protocole que nous appliquons de Lège au Teich, avec les erreurs que nous voyons revenir chaque année.
La première fois que j'ai vu une maison ouverte après un hiver mal fermé, c'était à Claouey, en février. Le propriétaire avait coupé l'eau au compteur — geste correct — mais n'avait pas vidangé. Le tuyau de la machine à laver, en attente, plein, avait gelé puis fendu sur trois centimètres. Au redémarrage, en avril, il a suffi de rouvrir la vanne. Quarante minutes plus tard, la buanderie et le parquet du couloir étaient bons pour la benne.
Ce n'est pas une histoire de négligence. C'est une histoire de séquence. Fermer une maison n'est pas une liste de gestes indépendants, c'est un ordre d'opérations. On coupe puis on vidange, jamais l'inverse. On règle le chauffage avant de partir, pas depuis Paris trois semaines plus tard quand la météo tourne.
Voici le protocole que nous appliquons, dans l'ordre où nous l'appliquons.
I. L'eau : le seul poste où l'on ne transige pas
Neuf sinistres d'hiver sur dix, dans les maisons que nous reprenons, viennent de l'eau. Pas de l'effraction, pas de la tempête : de l'eau.
Le Bassin ne connaît pas les hivers de Haute-Savoie. On y descend rarement sous −5 °C, et jamais longtemps. C'est précisément ce qui rend les propriétaires imprudents : le gel sévère est rare, donc on ne s'en protège pas, donc la fois où il arrive — et il arrive tous les cinq ou six ans — la casse est générale. Février 2012, février 2018, l'épisode de janvier 2024 : à chaque fois, les mêmes artisans débordés pendant six semaines.
La séquence correcte :
- Fermer la vanne d'arrivée générale (souvent dans le regard en limite de propriété, parfois dans le local technique).
- Ouvrir tous les points de puisage, du plus haut au plus bas : robinets d'étage d'abord, rez-de-chaussée ensuite, robinet de puisage extérieur en dernier. L'air entre par le haut, l'eau sort par le bas.
- Purger le ballon d'eau chaude par le groupe de sécurité, ou couper son alimentation et le laisser plein s'il est en volume chauffé — les deux écoles se défendent, l'important est de choisir.
- Vidanger les circuits qui ne se vident pas seuls : machine à laver, lave-vaisselle, adoucisseur, système d'arrosage, douche extérieure, pompe de piscine.
- Verser un demi-verre de glycérine alimentaire ou d'antigel non toxique dans chaque siphon — évier, lavabo, bac de douche, WC. Un siphon vide laisse remonter les odeurs de canalisation ; un siphon plein d'eau claire gèle et casse la céramique.
- Refermer les robinets une fois l'écoulement terminé. Une maison laissée ouverte se remet en eau au printemps dans un vacarme de coup de bélier.
II. L'électricité : ce qu'on coupe, ce qu'on laisse
Couper le disjoncteur général est une fausse bonne idée dans une maison équipée. On perd le hors-gel, la télésurveillance, le réfrigérateur de cave, la pompe de relevage et — de plus en plus souvent — la connexion qui permet de savoir que quelque chose ne va pas.
La bonne pratique consiste à couper par circuit :
- On coupe : chauffe-eau, plaques, four, prises de la cuisine, bornes de recharge, spa, éclairages extérieurs sur minuterie.
- On laisse : hors-gel, VMC, box internet, capteurs, alarme, congélateur si vous en dépendez, éclairage de simulation de présence.
Vérifiez au passage que le différentiel 30 mA déclenche bien : on appuie sur le bouton test, il doit couper net. C'est trente secondes, une fois par an, et c'est la seule protection réelle contre l'électrisation quand un artisan interviendra en votre absence.
Photographiez le tableau électrique une fois les coupures faites. Vous aurez oublié en mai ce que vous avez décidé en octobre. Nous archivons cette photo dans le dossier de la maison, avec la date : c'est devenu l'un des documents les plus consultés de nos dossiers.
III. Le chauffage : le hors-gel n'est pas l'arrêt
Un point qui revient à chaque diagnostic : couper complètement le chauffage d'une maison en pierre ou en bois du Bassin est une économie de court terme qui se paie en désordres de long terme.
Une maison non chauffée sur cinq mois descend à la température extérieure, et surtout à l'humidité extérieure. Sur le Bassin, l'humidité relative hivernale tourne autour de 85 %. Le point de rosée se déplace vers l'intérieur des murs. Résultat au printemps : moisissures dans les angles nord, papiers peints qui décollent, odeur de cave dans les chambres du bas, et des menuiseries bois qui ont gonflé puis retravaillé.
Consigne raisonnable : 8 à 12 °C en fond de maison. Sur une pompe à chaleur, mode hors-gel ou éco. Sur des radiateurs électriques, position hors-gel plus un point. Le surcoût, sur une villa de 200 m² correctement isolée, se compte en quelques centaines d'euros pour la saison. Une reprise de peinture après moisissures dans trois pièces, c'est un multiple de ça.
IV. Ventiler une maison fermée
Contradiction apparente : une maison qu'on ferme doit continuer à respirer. C'est l'erreur la plus fréquente chez les propriétaires méthodiques, ceux qui font tout bien — et qui calfeutrent.
La VMC reste alimentée, toujours. Si la maison n'en a pas, on laisse deux entrées d'air en position ouverte, de préférence sur deux façades opposées, pour créer un balayage. Les grilles de ventilation basses des vides sanitaires ne se bouchent pas : elles existent précisément pour éviter que le plancher bas ne pourrisse.
Dans les pièces sans ventilation mécanique — dressings, buanderies aveugles, sous-sols —, un absorbeur d'humidité par pièce, vidé à chaque visite. Ce n'est pas élégant. C'est efficace.
V. Dehors : le vent d'ouest fait plus de dégâts que la pluie
Ce que les propriétaires venus de l'intérieur des terres sous-estiment, c'est la mécanique du vent. Pas les rafales de tempête nommée, dont tout le monde parle. Le vent d'ouest ordinaire, celui qui souffle trois jours sur cinq à 40 ou 50 km/h de novembre à mars, et qui travaille par répétition.
- Rentrer ou arrimer tout mobilier de jardin, y compris les coussins de coffre
- Vider et retourner les jarres, bacs et fontaines (la terre cuite gorgée d'eau éclate au gel)
- Démonter les voiles d'ombrage, parasols et stores extérieurs — un store descendu par erreur pendant une rafale est un store détruit
- Faire ramasser les aiguilles de pin des chéneaux et des naissances d'eaux pluviales
- Vérifier les tuiles de rive et le faîtage, en particulier sur la façade ouest
- Élaguer les branches en surplomb à moins de trois mètres de la toiture
- Contrôler le portail motorisé : batterie de secours, déverrouillage manuel accessible
- Fermer les volets côté ouest, laisser ceux du sud manœuvrables pour l'apport solaire
Les chéneaux méritent une mention particulière. Un pin maritime adulte perd ses aiguilles toute l'année, avec un pic en fin d'été et un second après les premiers coups de vent d'automne. Un chéneau bouché, c'est une gouttière qui déborde le long du mur pendant trois mois, une arase qui s'imbibe, un enduit qui cloque, puis un pied de mur qui remonte. Le nettoyage coûte quelques dizaines d'euros. La reprise d'enduit se compte en milliers.
VI. Une maison qui n'a pas l'air vide
Le cambriolage de résidence secondaire sur le littoral aquitain est saisonnier et opportuniste. Il vise les maisons manifestement inoccupées, repérées de la route : volets tous clos depuis longtemps, boîte aux lettres pleine, jardin en friche, aucune trace de passage.
Ce qui décourage, dans l'ordre d'efficacité que nous observons :
- Un jardin manifestement entretenu en plein hiver.
- Des volets qui bougent — pas tous ouverts, pas tous fermés, et pas dans la même configuration d'une semaine à l'autre.
- Un éclairage extérieur sur détecteur, pas sur minuterie régulière.
- Une voiture qui stationne de temps en temps dans l'allée.
- Un contrat de télésurveillance visible par son autocollant, mais surtout réel.
L'alarme seule, sans levée de doute et sans personne à moins de vingt minutes, protège moins qu'on ne le croit. Elle déclenche, elle prévient, et ensuite ? Le sujet mérite un article à part : nous l'avons écrit dans Télésurveillance, alarme, conciergerie : ce que chacun couvre vraiment.
VII. Le dossier qu'on laisse derrière soi
Dernier poste, le plus négligé, et celui qui fait la différence quand quelque chose arrive.
Avant de partir, réunissez dans un endroit accessible à distance — un dossier partagé suffit — les éléments suivants : plan de situation des vannes et du tableau, photos datées des pièces principales, coordonnées de l'électricien, du plombier et du couvreur qui connaissent la maison, numéro de contrat d'assurance et téléphone de déclaration de sinistre, code du portail, code de l'alarme, et le nom de la personne autorisée à ouvrir en votre absence.
Cette dernière ligne est celle qui manque presque toujours. Un artisan ne peut pas intervenir dans une maison où personne n'a mandat pour le faire entrer. Nous avons vu une fuite couler onze jours parce que le voisin qui avait la clé était lui-même en déplacement et que personne d'autre n'était habilité.
Faut-il faire tout cela seul ?
Honnêtement : c'est faisable. Trois heures pour quelqu'un qui connaît sa maison, un après-midi pour quelqu'un qui découvre. Ce qui ne l'est pas, c'est la suite — les cinq mois pendant lesquels personne ne passe.
Une fermeture parfaite en octobre ne protège pas d'une tuile arrachée le 12 janvier. C'est la raison d'être de ce que nous faisons : la fermeture est un geste, la veille est un service. Les deux sont utiles ; ils ne remplacent pas l'autre.
Questions fréquentes
Faut-il couper l'eau au compteur ou juste fermer les robinets ?
Au compteur, systématiquement, et en vidangeant ensuite le réseau. Fermer les robinets intérieurs laisse toute la colonne montante en charge : une rupture sur cette portion vide le réseau public dans la maison jusqu'à ce que quelqu'un s'en aperçoive.
À quelle température régler le chauffage d'une maison inoccupée l'hiver ?
Entre 8 et 12 °C en fond de maison. En dessous, le risque de condensation et de moisissures dans les angles froids devient réel ; au-dessus, on chauffe pour rien. Le hors-gel constructeur des radiateurs électriques est souvent réglé à 7 °C, ce qui est un peu juste sur le littoral atlantique.
Combien de temps prend la fermeture hivernale d'une villa ?
Environ trois heures pour une maison de 200 m² dont on connaît les circuits, entre l'eau, l'électricité, le chauffage, la ventilation et l'extérieur. Le premier hiver prend toujours plus longtemps, le temps d'identifier où sont les vannes et comment se purge chaque équipement.
Mon assurance peut-elle refuser un sinistre survenu pendant l'inoccupation ?
Elle peut réduire ou refuser l'indemnisation si le contrat comporte une clause d'inoccupation non respectée, ou si les mesures de prévention prévues (coupure d'eau, hors-gel, visites périodiques) n'ont pas été prises. Il faut lire les conditions particulières, pas seulement les conditions générales : c'est là que se logent les durées maximales d'absence.
Faut-il fermer tous les volets pendant l'hiver ?
Non. Fermer côté ouest et nord protège du vent et des chocs thermiques ; laisser manœuvrables ceux du sud permet un apport solaire qui assèche la maison les jours clairs. Une maison dont tous les volets sont clos depuis novembre signale aussi son inoccupation depuis la route.
Mis à jour le 19 mai 2026